
Quand les villes mutualisent leurs colonies pour réduire la facture
Article Le Parisien – Par Jules Frecon
Quatre municipalités ont confié la gestion de leurs neuf centres de vacances à une association. Les familles des communes adhérentes, une trentaine en Île-de-France et dans l’Oise, bénéficient de tarifs réduits.
« PAS DE CHANCE ! » Nolann, 10 ans, n’ira pas à La Trinité-sur-Mer (Morbihan) cet été. « On avait demandé mais il n’y avait plus de place », se désole Sylvie Elisha, sa mère. Cette habitante de Gentilly (Val-de-Marne) souhaitait que son fils profite du centre de vacances breton, situé à vingt minutes à pied de la mer, comme sa sœur a pu le faire il y a quelques années. La popularité de la destination a eu raison de son choix. Nolann est finalement parti en colonie au village vacances d’Excideuil (Dordogne), propriété de Gentilly. 35 autres jeunes de sa commune ont en revanche eu la chance, mi-août, de séjourner à La Trinité, un centre détenu par la ville de Bagneux (Hauts-de-Seine).
Un échange rendu possible par le réseau Vacances Voyages Loisirs (VVL), qui rassemble 36 communes adhérentes, dont 30 d’Île-de-France et une de l’Oise. Toutes n’ont pas de centres de vacances à mettre à disposition. Du Morbihan au Var, en passant par la Charente, la Dordogne et la Haute-Savoie, les neuf sites gérés par VVL appartiennent à Bagneux (1) dans les Hauts-de-Seine, et Gentilly (3), Orly (1), Vitry-sur-Seine (4) dans le Val-de-Marne.
Un loyer versé aux communes propriétaires
Ces quatre communes gardent « la propriété et la responsabilité de leurs centres de vacances respectifs. VVL s’occupe de leur occupation et de leur gestion », présente Yasmine Boudjenah, première adjointe (PCF) à la maire de Bagneux et présidente de VVL.
Le personnel, les frais de nourriture et autres charges de fonctionnement sont financés par les adhésions annuelles de 200 à 2 000 € selon la taille de la ville membre du réseau, et le coût des séjours facturé aux familles des enfants accueillis. En échange de l’occupation de leurs domaines, un loyer est versé par VVL aux communes propriétaires.
Pour Fatah Aggoune, maire (DVG) de Gentilly, ce système est bénéfique à tout le monde :
« Il permet de maintenir nos centres de vacances mais il est surtout utile pour permettre aux enfants d’avoir un choix dans les destinations. »
Le prix des séjours dépend du quotient familial
VVL a été créé cinquante ans plus tôt pour « promouvoir l’accès aux vacances pour toutes et tous », peut-on lire sur le site de l’association. À La Trinité-sur-Mer, les jeunes sont hébergés dans un manoir de 60 places, à seulement 1 km du port de plaisance et des premières plages. Le domaine comprend encore 20 bungalows et 19 emplacements de camping. Les vacanciers, tous âgés de moins de 11 ans, apprécient. Les parents aussi.
Moins de 300 € pour un séjour de quinze jours
« Les tarifs sont préférentiels », apprécie Sylvie Elisha. « Et les enfants peuvent faire des activités que l’on ne peut pas s’offrir habituellement. » Pour quinze jours de vacances à Excideuil, en juillet, la mère de famille a payé moins de 300 € pour son fils.
Les économies ne concernent pas que les foyers. Si Bagneux mutualise son domaine de La Trinité-sur-Mer, c’est surtout pour des raisons financières. « Conserver des centres de vacances, faire l’entretien courant et des rénovations coûte extrêmement cher », souligne Yasmine Boudjenah. « Ce sont des sommes gigantesques ! » Or, si les jeunes de sa ville étaient les seuls à occuper le centre breton, il ne serait jamais plein. Dans les centres de Gentilly, même constat. La propriété de Châtel (Haute-Savoie) aura reçu cet été 75 enfants. Aucun n’habite la commune du Val-de-Marne.
Des centres difficiles à maintenir seuls
Depuis dix ans, de nombreuses villes vendent d’ailleurs leurs centres faute de pouvoir en assumer toutes les charges. Bagneux a ainsi décidé cette année de mettre en vente son autre centre de vacances, situé à Mieussy (Haute-Savoie). Plus aux normes, il était fermé depuis sept ans. La ville des Hauts-de-Seine en espère un million d’euros pour sauver celui du Morbihan, qui a aussi besoin d’être rénové, mis aux normes et agrandi. Le devis est estimé à 5 millions d’euros. « Si nous ne parvenons pas à effectuer ces travaux, l’entretien courant ne suffira pas », s’inquiète Yasmine Boudjenah.
Bagneux consacre déjà un budget annuel de 150 000 € au domaine de La Trinité-sur-Mer. Alors VVL, qui maximise le remplissage du centre grâce à la mutualisation, s’impose comme une évidence pour limiter les pertes financières.